Venise : les mystères de la lagune

Quand on parle de Venise, les images des belles gondoles qui errent sur les canaux et la douce atmosphère romantique qui l’enveloppe nous viennent immédiatement à l’esprit, mais parmi les champs et les calli bondés de touristes, il y a des légendes anciennes, des mystères non résolus, des ombres de personnages anciens qui rendent la ville fortement dérangeante dans sa nonchalance gothique. C’est en suivant les traces de ces énigmes qui se perdent dans la nuit des temps que nous pourrons entrer en contact avec le génie urbis qui, en tant que nouvelle Virgile, nous fera traverser les plis du temps en présence de traditions jamais oubliées comme le Graal et Cagliostro, Casanova et l’Inquisition qui nous feront changer d’avis sur le surnom commun de « Sérénissime ».

Les mystères dans la ville de Venise

La ville de Venise est riche en légendes sur les anciennes reliques chrétiennes étant donné les relations économiques étroites avec le monde oriental. Il ne pouvait donc pas manquer d’histoires sur les Templiers et le mystique Graal, la coupe dans laquelle, selon la légende, Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ.

La route qui amène cette fabuleuse relique à la ville est celle qui mène à Constantinople, l’actuelle Istanbul, ville conquise par les Croisés et étroitement liée à la capitale vénitienne. En particulier, pendant la quatrième croisade, les chevaliers et les marchands ont apporté à la ville la culture et les traditions du Moyen-Orient, ainsi que de nombreux trésors de la ville turque, comme les quatre chevaux de cuivre de la basilique Saint-Marc, qui, selon la tradition, avaient de splendides rubis à la place des yeux. On sait encore que de Constantinople serait venue la Couronne d’épines de Jésus que Louis IX de France a réussi à voler dans la ville pour l’apporter en France, à la Sainte Chapelle, il ne serait donc pas impensable que, s’il existait vraiment, le Graal dans son voyage mystique soit réellement arrivé dans la ville.

La tradition veut qu’il ait été caché dans le trône de Saint-Pierre, le siège où l’Apôtre aurait siégé pendant ses années à Antioche, consistant en une stèle funéraire musulmane décorée de versets du Coran, aujourd’hui présente dans l’église de San Pietro in Castello. On dit qu’elle a ensuite été déplacée à Bari, une ville liée à la région de la Vénétie par des traditions communes intéressantes comme celle de Saint Nicolas dont les deux villes partagent les reliques sacrées. Certaines traditions locales veulent donc que dans l’église de San Barnaba soit enterré le corps momifié d’un chevalier croisé français nommé Nicodemè de Besant-Mesurier, lié à l’histoire de la traduction de la coupe mystique trouvée dans la région en 1612. En réalité, aucun document n’a jamais été trouvé qui parle de ce chevalier.

Les mystères liés à la religion chrétienne ne concernent pas seulement les reliques, mais aussi les traditions liées à l’Inquisition et à la place Saint-Marc, traces de souvenirs étroits disséminées sur l’une des plus belles places d’Italie et souvent cachées aux yeux du voyageur ordinaire. Sur le coin droit de la Basilique, par exemple, il y a une pierre commémorative qui, selon la tradition, a été utilisée pour les exécutions. En regardant les colonnes de la première loggia du Palais des Doges voisin, on peut en voir deux de couleur différente où, selon la tradition, les condamnations à mort étaient lues puis exécutées sur la petite place devant ou dans le clocher voisin. C’est ainsi que le merveilleux clocher qui s’élève sur la place cache aussi des souvenirs macabres, en fait il est lié à la tradition de la torture de la cheba, une cage de fer suspendue dans le vide dans laquelle les condamnés étaient exposés au ludibrio public même pendant de longues périodes défiant le temps et donc la mort qui arriva bientôt presque comme une libération. Entre les colonnes du Palais Ducal aussi, alors, s’offrait le dernier espoir de salut, et en fait, sur le côté du bâtiment qui est offert à la mer il y avait une colonne qui apparaît encore aujourd’hui avec la base consommée. Les condamnés se voient offrir une dernière grâce : s’ils ont réussi à la contourner sans jamais tomber de la base très étroite sur laquelle elle repose, une opération qui était vraiment impossible.

Les traditions liées aux palais envoûtants comme  »Ca’ Dario » et  »Ca’ Mocenigo Vecchia » sont également intéressantes

Elle a été construite par le marchand Giovanni Dario et dédiée au génie de la ville comme en témoigne l’inscription « Genio urbis Joannes Dario », écrite qui, selon certains savants, cache des secrets anagraphiques, énigmatiques et horribles : « SUB RUINA INSIDIOSA GENERO » et c’est à dire, celui qui vivra sous cette maison ira à la ruine. Pour certains, la construction s’élèverait sur un nœud d’énergies négatives qui seraient transférées à l’ensemble de l’habitation, ce que Fulcanelli appellerait une véritable habitation philosophique. En réalité, la ville entière s’élèverait sur un réseau de courants telluriques, positifs et négatifs, qui caractériseraient son urbanisation, le Grand Canal lui-même serait la représentation du redoutable serpent, symbole des forces énigmatiques qui en certains points deviendraient fortement évidentes. Après tout, dans le passé, il était normal qu’il y ait en Orient des endroits bénéfiques et maléfiques où l’on pratique le feng shui, c’est-à-dire une discipline qui permet de construire une maison recevant les ondes bénéfiques du « grand dragon » qui dort sous terre. Ce sera le dragon qui caractérisera la ville. En fait, examinons n’importe quelle carte de Venise et voyons le Grand Canal serpenter comme un serpent ou un dragon, coupant la ville exactement en deux parties. Nous avons donc une tête, « caput draconis », et une queue, « cauda draconis ».

A la fin de cette dernière, il y a l’île de Saint-Georges, avec l’église du même nom, ce qui n’est pas un hasard si nous pensons que dans la tradition chrétienne, Saint-Georges est le saint qui tue le dragon, et donc exorcise le serpent vénitien, tandis que du côté opposé se trouve la basilique Saint-Marc, presque une façon d’exorciser ces énergies.

C’est précisément dans la « cauda » que l’on trouve Ca’ Dario, le mystérieux palais dont la malédiction touche tous les propriétaires qui sont morts par suicide ou mort violente, dont dernièrement Raul Gardini et le ténor Mario del Monaco.

En ce qui concerne le deuxième bâtiment, il est le témoin silencieux de la visite du philosophe Giordano Bruno à la ville, invité de la famille de Mongenigo qui, après avoir tenté de s’emparer de ses connaissances alchimiques, le dénonça comme sorcier aux autorités vénitiennes, l’obligeant à réparer à Rome où il fut ensuite exécuté. La tradition veut que le fantôme de l’hérétique en quête de justice apparaisse encore dans ce bâtiment.

Nombreux étaient les magiciens, sorciers et alchimistes présents dans la lagune, parmi lesquels, outre les déjà mentionnés Giordano Bruno, Casanova et Cagliostro. Compte tenu des relations étroites avec le Moyen-Orient, Venise a toujours été un creuset de cultures, le toponyme du quartier « Giudecca » semblant indiquer la présence de ses premiers habitants, les Juifs, qui ont toujours été des maîtres de l’alchimie et des érudits de la Kabbale. Tant sont nombreuses les légendes présentes dans l’ancien et le nouveau ghetto qui concernent les rabbins et leurs études d’alchimie.

Dans la ville, il y a donc les connaissances alchimiques des Arabes dont on retrouve les traces dans le cadran de la tour de l’horloge où, parmi les symboles astronomiques et astrologiques, il y a des représentations des Maures. Plus déconcertants et évidents, cependant, sont les symboles arabes présents à proximité de la porte en papier près de la basilique Saint-Marc. Ici sont représentés dans un coin les « quatre Maures », les tétrarques Dioclétien, Galère, Maximilien et Constance.

En réalité, la tradition lie ces figures à l’alchimie comme en témoigne une frise à la base du même représentant deux chérubins et deux dragons entrelacés portant un parchemin avec l’inscription en vénitien archaïque « l’homme fait face et dit ce qui passe par sa tête et voit ce qui lui arrive ».

Du même côté de la basilique se trouvent également deux colonnes d’Acre où la culture chrétienne et la culture mauresque se mêlent dans un mélange mystique d’images parmi lesquelles se détachent trois cryptogrammes énigmatiques pour certaines invocations au dieu musulman Allah.

Parmi les personnages les plus énigmatiques, cependant, se distingue certainement Casanova, magicien et écrivain né dans la ville le 2 avril 1725 et enterré dans l’église de San Barnaba bien que des traces de sa tombe aient été perdues. Son histoire « mystérieuse » commence à l’âge de huit ans lorsque, pour le guérir d’un mal qui l’obligeait à toujours garder la bouche ouverte, sa tante l’emmena chez un guérisseur. C’est à partir de ce moment que l’écrivain commence à s’intéresser aux arts magiques qui lui ont causé des problèmes avec l’Inquisition et qui l’ont conduit à être emprisonné dans les fameuses « pistes » vénitiennes dont il a réussi à s’échapper avec succès. Il a certainement eu des contacts avec la franc-maçonnerie et Amadeus Mozart pour la réalisation de son « Don Giovanni » inspiré aussi par la vie du Vénitien et avec le célèbre Giuseppe Balsamo, dit Comte de Cagliostro d’Aix de Provence. Selon la tradition, les deux se sont rencontrés dans la ville en 1769 pour échanger des formules et des rituels magiques et des formules pour l’élixir de jeunesse éternelle.

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